L'IDOLE DE JADE

Publié le par Fabrice Debaque

Auteur : Ernst Hofmann Von Schönholtz

Titre original : Zwischen gestern und heute

Traducteur : Jeanne Fournier-Pargoire

Cinquième titre de la collection Le Verrou édité chez Éditions du Livre moderne paru en 1944

L'IDOLE DE JADE
L'IDOLE DE JADE

1re phrase : « Stranvägen, la grande avenue de Stockholm où, les soirs d’été, se déroule un interminable cortège de voitures et de piétons, offrait une longue perspective déserte. »

 

Le Baron Axel Horn mène une vie aisée avec sa femme Christine et son fils Aage. Christine semble heureuse à présent, bien loin des heures sombres qui suivirent son premier mariage avec l’explorateur Manfred Hartung, tragiquement porté manquant quelques jours après leurs noces. Mais ce soir, dans les journaux s’étale une nouvelle sensationnelle : « L’explorateur Hartung ne serait pas mort, il aurait survécu avec quelques équipiers au naufrage de son navire au large du Groenland. » Accablée, Christine disparaît et Axel se retrouve seul. Il est alors approché par un personnage interlope, J. B. Haslum, ancien directeur de revue à Reykjavík et maintenant détective privé à Copenhague. L’individu lui affirme qu’il a rencontré Hartung après sa supposée mort en Islande et que l’explorateur s’est enfui avec la danseuse principale de sa revue. Il suffirait donc de retrouver celle-ci pour découvrir Hartung. Horn accepte de l’engager et l’enquête démarre pleine de quiproquos, de malentendus et de rebondissements.

L'IDOLE DE JADE

Le titre original signifie « Entre hier et aujourd’hui ». Il traduit mieux le sujet du roman : hier, le bonheur, aujourd’hui, le malheur, que le titre français nettement plus racoleur et peu représentatif du livre. « L’idole de Jade » est un roman policier agréable à lire quoiqu’un peu daté, son ambiance générale est celle des krimi allemands, ces romans policiers en vogue pendant le troisième Reich. En effet, la dictature nazie qui avait condamné au bûcher une bonne partie de la littérature avait laissé une relative tranquillité aux auteurs de romans policiers considérés comme peu dangereux, au mieux des artisans d’un genre mineur. Les écrivains pour échapper à la censure évitaient non seulement soigneusement toute critique politique ou sociale, mais, ils utilisaient également des héros et des criminels étrangers, car le crime avait évidemment disparu du Reich. On comprend maintenant pourquoi, les personnages sympathiques du roman sont suédois tandis que le méchant de l’histoire endosse sans doute, d’après son patronyme, la nationalité norvégienne.

 

Ernest Hofmann Von Schönholtz

Ernest Hofmann Von Schönholtz

Ernest Hofmann Von Schönholtz est né le 7 décembre 1890 à Breslau, cité allemande à l’époque devenue maintenant la ville polonaise de Wroclaw. Il commença sa carrière d’acteur en 1913 sous le nom d’Ernst Hoffmann et conquit la célébrité dans les années 1920 pendant lesquelles il joua dans quantité de films à succès de l’époque. On peut voir de très nombreuses photos de l’acteur ainsi qu’un résumé de ses prestations cinématographiques sur ce site. L’avènement du cinéma parlant entraîna la fin de sa carrière et il se reconvertit dans le métier d’écrivain où il signa de son nom complet quelques romans ainsi que des articles de journaux. « L’idole de Jade » est son seul ouvrage traduit en français. Il mourut à Potsdam pendant la Bataille de Berlin le 27 avril 1945.

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Née sans doute à la toute fin du XIXe siècle, la traductrice du roman Jeanne Fournier-Pargoire débuta vers 1925, la première signature découverte durant mes recherches s’inscrit en bas d’un article sur le classicisme en Angleterre, dans la Revue Hebdomadaire. Elle s’affaira ensuite à la traduction d’auteurs classiques (Galsworthy, Hardy, Chesterton), mais, très rapidement, elle diversifia ses travaux, en particulier dans l’adaptation de nombreux romans policiers dans une pléthore de collections. On lui doit ainsi des traductions de John Ross Mac Donald, Ngaio Maesh, Mignon G Eberhart, Philips Openheim, etc. dans des collections aussi diverses que L’Aventure Criminelle, Le Masque, L’As de Pique, etc. Faisant preuve d’un bel éclectisme, elle traduisit également Barbara Cartland ainsi que quelques romans d’Enid Blyton. En particulier trois séries : Les Jumelles, Mallory School et Betty. À ce propos, Catherine Brasselet dans son article « Enquête sur Enid Blyton » (Rocambole 24/25, 2003, page 85) écrit : « Mme Fournier-Pargoire contribue hautement à donner à la série ses lettres de noblesse par l’élégance du vocabulaire, le raffinement de la langue et la recherche des tournures, souvent vieille France, dont elle fait montre. Si le succès des romans ne se révèle pas aussi important qu’en Grande-Bretagne, ce n’est donc pas faute de style. »

 

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Si vous souhaitez avoir un exemple de son écriture personnelle vous pouvez lire l’hommage qu’elle a rendu à un écrivain américain mort pendant la Première Guerre mondiale : « Kenneth Weeks, 1889-1915 » (Jeanne Fournier-Pargoire in « Anthologie des écrivains morts à la guerre, 1914-1918 », Amiens, Malfère) disponible in extenso sur le site de l’amicale des Anciens de la Légion étrangère de Paris. Pour avoir une idée de l’ampleur de son œuvre, je vous invite à consulter le catalogue de la BNF bien que celui-ci ne soit pas exempt d’erreurs : par exemple, La BNF attribue à Mme Fournier-Pargoire le roman « Cours, Brebis galeuse ! » alors qu’elle en est uniquement la traductrice. L’auteur Bart Spicer existe ce n’est donc pas un pseudonyme utilisé pour faire américain. Nécessité faisant loi, pendant l’Occupation, elle a traduit de l’allemand, au moins, « L’idole de jade » bien sûr, mais aussi « Danse de vie » (Lebenstanz) d’Emil Strauss, « Thomas, le pêcheur de perles » (Thomas, der Perlenfischere) de Heinz Kukelhaus et « Les voyages merveilleux de Paul et Mariette » (Doktor Kleinermacher führt Dieter in die Welt) de Herbert Spaatz. Notons que les romans qu’elle a traduits de l’allemand ne sont pas référencés à la BNF.

L'IDOLE DE JADE
L'IDOLE DE JADE

En 1940, les Frères Ferenczy, tous les deux juifs, fuient la zone occupée, leur maison d’édition est confisquée par les Allemands qui la renomment « Éditions du livre moderne ». Les occupants pensent qu’une édition dédiée à la littérature populaire sera un excellent vecteur de propagande. Jean de la Hire qui a beaucoup écrit pour les éditions Ferenczi, prend alors la tête de la maison. Après avoir été un pourfendeur de boches avant la guerre, celui-ci s’est découvert un amour immodéré pour Hitler et les nazis. Il l’a fait savoir dans deux ouvrages parus après la défaite : « Le Crime des évacuations. Les Horreurs que nous avons vues » et « Par qui souffrons-nous pourquoi ? » où il fustige les juifs, les francs-maçons, les Anglais et l’ancien gouvernement et où il justifie l’action de l’Allemagne, forcée de se défendre contre ces barbares. Avec un tel certificat d’allégeance, il obtient sans difficulté les rênes de la maison d’édition dont il ne sera pourtant que l’homme de paille grassement payé par les nazis. Il conservera le poste pendant toute l’année 1941 et démissionnera au mois de décembre (une thèse différente émet l’hypothèse qu’il fut poussé vers la sortie, car il aurait manqué de métier). Les Allemands prennent alors le contrôle total de la maison qui sera finalement rendue à Henri Ferenczy en 1944. Entre-temps est créée la collection « Le verrou » qui se spécialise dans la traduction d’auteurs de krimi allemands très en vogue dans le 3e Reich. Cette collection ne publiera que cinq titres :

– « Marguerite enquête » par Wilhelm Scheider (Verhör durch Frau Margret traduction de H. J. Magog — 1942)

– « Le portrait de l’inconnue » (rebaptisée « Le portrait de l’inconnne » sur la quatrième de couverture de mon exemplaire de « L’idole de jade », peut-être une coquille, peut-être un acte de résistance du typographe…) par Axel Rudolph (Das Bildniss der Unbekannten -1943 — traducteur : Jacques Dyssord)

– « Tous sur une carte » par Alphons Zech (Alles auf eine Kartee - 1943)

– « La fuite dans les ténèbres » par Fred Andreas (Die Flucht ins Dunkle- 1944)

– « L’idole de jade »

Un sixième titre, « Le cavalier d’argent » par Hans Gustl Kermayr, ne semble pas avoir été publié.

 

L'IDOLE DE JADE
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La présentation restera inchangée pendant toute la durée de la collection. L’illustration de la couverture est de R. Houy, un dessinateur qui a beaucoup travaillé pour Ferenczi.

Illustration de R. Houy

Illustration de R. Houy

Après la guerre, Ferenczi conservera le nom « Le Verrou » pour une collection de fascicules policiers qui connut 205 titres de 1950 à 1959

Nouvelle collection Le Verrou.

Nouvelle collection Le Verrou.

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